Etude « Capote et pilule »

Actions 2012, Recherche23 octobre 2012

Ces dernières années ont été marquées par d’importants débats sur le risque de transmission du VIH en cas de charge virale indétectable et sur la prophylaxie préexposition (PrEP).

On ne sait cependant pas vraiment comment les hommes gays ou bisexuels perçoivent les nouvelles options biomédicales de gestion des risques de transmission du VIH et comment ils envisagent de les utiliser dans leur vie personnelle.

En 2010, à l’issue d’une importante consultation communautaire à propos de l’essai Ipergay que le SNEG a soutenue partout en France, et malgré une mobilisation associative forte, il s’avère que la cible initiale que sont les gays séronégatifs tout venant n’a pas été atteinte.

C’est pourquoi dans le cadre de ses recherches socio-comportementales soutenues par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé, le SNEG Prévention et l’institut de recherches IPSR, représenté par le sociologue Philippe ADAM ont invité les hommes gays ou bisexuels à donner leur avis sur ces questions qui engagent le futur de la prévention du VIH.

En juillet 2012, la Food and Drug Administration américaine a approuvé l’utilisation des antirétroviraux en prophylaxie préexposition afin de réduire le risque de transmission du VIH parmi les individus séronégatifs à haut risque de contracter le VIH.

La PrEP n’est pas encore disponible en France, mais les experts débattent sur les avantages et les inconvénients d’une éventuelle mise à disposition de ce nouvel outil de gestion des risques pour les personnes séronégatives. On ne disposait jusqu’ici d’aucune donnée empirique sur le niveau de familiarité des gays français séronégatifs vis-à-vis de la PrEP, la part et le profil de ceux qui seraient prêt à l’utiliser si elle venait à être mise à disposition et sur ce qu’il pourrait advenir de la prévention comportementale en cas de mise à disposition de la PrEP.

Ces données sont désormais disponibles grâce à l’étude en ligne www.capoteetpilule.net menée en juin-juillet 2012 par SNEG Prévention et IPSR auprès de 939 hommes gays séronégatifs.

  • Les débats sur la PrEP sont restés confinés à des cercles assez restreints. Seuls trois gays séronégatifs sur dix ont entendu parler de la PrEP et seulement un gay séronégatif sur dix se sent bien informé sur ce sujet.
  • La part des gays séronégatifs qui seraient prêts à utiliser la PrEP reste réduite sauf si la PrEP pouvait offrir un niveau de protection exceptionnel : seuls 17,5% des répondants seraient prêts à utiliser la PrEP si elle était efficace à 50%, 23% des participants l’utiliseraient si elle était efficace à 60%. Pour convaincre la moitié des gays à utiliser la PrEP, il faudrait qu’elle puisse être efficace à 90%.
  • Les gays séronégatifs sont bien plus souvent intéressés par une PrEP à la demande (62,8%) que par une PrEP en continu (24,6%).
  • Les gays séronégatifs sont d’autant plus enclins à utiliser la PrEP qu’ils sont inquiets face à une contamination possible et qu’ils ont, par ailleurs, eu des rapports non protégés. Par contre, cette tendance est limitée par le fait de percevoir un risque d’effets secondaires en cas d’utilisation de la PrEP.

Le risque de relâchement de la prévention existe. Parmi les répondants prêts à utiliser la PrEP, 25,1% exprimait un sentiment de relâchement possible de la prévention en cas d’utilisation de la PrEP. Ce taux de relâchement possible atteint 64% chez les gays séronégatifs démotivés face à la prévention comportementale, un public qui regroupe notamment des hommes séronégatifs de 35 ans et plus qui fréquentent les établissements de sexe. Dans la vraie vie, ce relâchement pourrait contrebalancer le bénéfice induit par l’utilisation de la PrEP en termes de réduction de la transmission du VIH, sans parler de l’impact des autres infections sexuellement transmissibles.

Il nous paraît primordial de mieux informer les gays séronégatifs sur la PrEP.
Pour intéresser plus de gays, il faudrait cependant que la PrEP puisse être utilisée à la demande plutôt qu’en continu et que cette technologie puisse démontrer une efficacité assez forte. Il convient donc d’accompagner l’essai actuel IPERGAY mené par l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida (ANRS) afin que l’outil que constitue la PrEP intermittente puisse être testé et amélioré dans le cadre d’un essai clinique.
La priorité est de démontrer l’efficacité de la PrEP intermittente afin de répondre aux attentes potentielles des gays séronégatifs français.
Le préservatif reste l’outil le plus efficace dans le cadre de partenaires sexuels multiples ou anonymes, sa promotion doit se poursuivre sans ambiguïté. Dans ce cadre, IPERGAY n’est pas seulement un essai de dispensation d’antirétroviraux mais aussi un dispositif d’accompagnement de prévention personnalisé et de dépistage régulier des Infections Sexuellement Transmissibles (IST).
Clairement, la mise à disposition de la PrEP dans le futur ne permettra pas de faire l’économie de la prévention comportementale. Compte tenu du taux estimé de relâchement possible de l’étude Capote et Pilule, nous pensons qu’il faut maintenir le bras placébo de l’essai IPERGAY qui incite les gays séronégatifs participant à l’essai à rester vigilants et permettra d’évaluer avec précision l’impact de l’accompagnement personnalisé dont ils bénéficient.
Pour ce qui est de la diffusion de la PrEP orale en continue pour les gays séronégatifs, le SNEG Prévention pense que cela nécessite des infrastructures en capacité de suivre en accompagnement counseling et en accompagnement biologique ce qui n’existent pas à ce jour en France, hors de l’essai Ipergay. La France ne compte toujours qu’un centre de santé sexuelle à Paris (le 190). Entrer sous PrEP continue, c’est entrer sous suivi médical comme les personnes vivant avec le VIH. Or, les files actives de personnes séropositives grossissent par la concentration des services infectieux au sein des hôpitaux avec des moyens humains qui se réduisent, des temps et des fréquences de consultations à la baisse, ce qui présage mal de la capacité du système médical français actuel d’accompagner des personnes séronégatives en PREP et en conseil pour qu’elles restent séronégatives. Sans un dispositif d’accompagnement complet pour la PREP continue semblable à celui de la recherche IPERGAY alliant counseling, préservatif antirétroviral, il nous apparait dangereux pour les gays séronégatifs d’envisager une expérimentation de la PrEP dans la vraie vie.
Il est important pour la santé de notre communauté de se donner le temps de plusieurs recherches éthiques et encadrées afin de limiter au maximum les risques et les questions que soulèvent encore la prise d’antirétroviraux pour les gays séronégatifs tant d’un point de vue des résistances, des évolutions des comportements et du financement de ces antirétroviraux. En matière de santé, nous ne pouvons pas ignorer la crise sans précédent que nous traversons, les crédits santé vont stagner voire diminuer avec une vraie menace pour la prévention comportementale et pour les personnes en affection en longue durée de ne plus voir leur traitement complètement pris en charge.

Téléchargez au format PDF :

Le rapport complet de l’étude « Capote et pilule » : Les gays français et la prophylaxie pré-exposition (PrEP)

 

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