Agenda Q : PrEP

A la une, Presse16 novembre 2016

 ENIPSE : Une prévention à la carte avec plusieurs stratégies de réduction des risques.

Aujourd’hui, une panoplie d’outils de protection et de réduction des risques est disponible pour permettre aux hommes gays de prendre soin de leur santé sexuelle. La prévention ce n’est plus seulement l’usage du préservatif, même si celui-ci reste un moyen simple, efficace et disponible partout dans nos lieux de sexe. Il a  l’avantage de protéger du VIH et de certaines IST et il  n’a pas d’effet secondaire, car il en existe même pour les allergiques au latex.  Mais force est de constater qu’il est moins utilisé, et que les nouvelles contaminations sont très importantes notamment chez les jeunes gays.

Il est donc temps de combiner différentes stratégies selon ses besoins, selon ses préférences à un instant T, cela permet d’avoir la meilleure protection possible. On parle de prévention combinée ou diversifiée. Selon ses comportements sexuels,  à chacun de pouvoir adapter la prévention aux pratiques qu’il choisit d’avoir, des pratiques sexuelles qui peuvent d’ailleurs varier en fonction des périodes de vie, des types de partenaires, du statut sérologique ou de son désir.

A l’occasion de la rentrée 2016, l’ENIPSE propose une campagne sur la santé sexuelle ayant pour objectif de faire connaitre et promouvoir ces nouvelles stratégies de protection, d’aider les gays  à faire leurs choix et leur permettre de jongler entre chacun de ces modes  de réduction des risques, à la demande et sans jugement. L’idée est bien sûr d’éviter toutes IST quel que soit son statut sérologique et toute contamination au VIH et autres IST lorsqu’on est séronégatif…

Ces cinq outils de protection ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et peuvent être utilisés séparément ou de manière complémentaire selon ses enjeux personnels de santé sexuelle. Les cartes peuvent changer selon la donne du moment, l’envie, la relation, les priorités subjectives. Le plus important est de les connaître toutes et de savoir les utiliser ensemble ou en alternance afin de pouvoir rester serein et maitre de sa santé sexuelle.

Nous avons décidé de retranscrire ici un exemple d’utilisation de ces outils, rencontré lors de l’une de nos permanences. Paul a 27 ans et se pose de nombreuses questions sur sa santé sexuelle. Il a commencé sa vie sexuelle il y a quelques années déjà et tout allait pour le mieux. Il était parfois en couple, il n’utilisait parfois plus de préservatifs, mais faisait quand même des tests de dépistage régulièrement histoire de s’assurer que sa stratégie préventive était la bonne.

Voilà aujourd’hui 3 ans qu’il est célibataire et qu’il multiplie les conquêtes et les expériences sexuelles. Dans ce contexte là, l’usage systématique du préservatif pour ses pénétrations n’a plus été toujours aussi évident. La découverte de nouveaux plaisirs, un ras-le-bol, une résignation parfois, et la multiplication des propositions de sexe sans capote ont fait qu’il ne se protégeait plus toujours. Il continuait à réaliser des dépistages tous les 6 mois environ. Il est  séronégatif et n’a jamais eu la moindre IST. Il s’est demandé, « Ais-je vraiment besoin de continuer le préservatif en voyant que je reste séronégatif, d’autant plus que mes rencontres avec des personnes séropositives au VIH ne font que conforter l’idée que le VIH a changé, que le vécu de la séropositivité n’est plus le même et qu’aujourd’hui les choses sont plus faciles ? » .

Il exprime lui-même être  tombé dans l’écueil de la confiance aux autres et de la confiance en soi et en ses pratiques sexuelles. « Je faisais des dépistages réguliers et la recherche d’une infection récente au VIH me semblait déjà une protection suffisante. La capote est sortie petit à petit de mes ébats et j’ai eu l’impression de vivre une sexualité beaucoup plus épanouie ».

Il a ensuite entendu parler de la PrEP, de ce nouveau moyen de se protéger qu’il croyait être une alternative au préservatif. « A vrai dire, j’ai d’abord été contre. Pourquoi prendre un traitement alors que justement pour moi l’intérêt de se protéger c’était entre autre de n’avoir jamais à prendre ce type de traitement… J’en ai parlé autour de moi, je me suis tourné vers plusieurs associations que je croisais dans les établissements que je fréquente et après de longs moments d’échange j’ai compris qu’en ne me protégeant pas, je jouais vraiment avec le feu et surtout que le traitement de la maladie avait certes évolué sur le plan médical mais que restait encore un impact social non négligeable de devenir séropositif. J’avais compris qu’il était vraiment dans mon intérêt de me protéger et de rester séronégatif avant tout. Je me suis donc rendu à ma première consultation PrEP à l’hôpital. J’aborde avec le médecin mes pratiques sexuelles, mes prises de risques, ma consommation de produits, je ressors avec une ordonnance pour faire un bilan sanguin de façon à s’assurer que mes reins fonctionnent bien, que je n’ai pas d’IST, et de mon statut sérologique. 3 semaines plus tard, après une nouvelle consultation, j’avais une ordonnance d’un antirétroviral, le TRUVADA, à retirer en pharmacie et un schéma clair de prise à la demande pour bien commencer. J’ai alors commencé à multiplier les partenaires sexuels, les soirées privées où l’on consomme de l’alcool, des produits et où la règle est au BBK, la culpabilité en moins et beaucoup plus tranquille. Je pensais avoir trouvé le moyen de me protéger. Seulement, la PrEP est encore mal connue, mal jugée.  J’ai été vite associé à une pute à jus sur les sites de rencontres dès lors que j’annonçais mon mode de prévention ».

Au fil du temps, Paul a rencontré d’autres gens qui s’amusent en groupe, mais avec préservatif et sans produits. Il s’amuse beaucoup avec eux et se dit qu’il ne faut plus qu’il fréquente les soirées-orgies où finalement il ne se sent pas à sa place. Ces personnes là, sont catégoriques. S’il veut s’amuser avec elles, il doit mettre un préservatif et ne pas consommer de produits.

« Je laisse la PrEP un peu de côté, je  me suis fait prescrire du Viagra pour stimuler mes érections (le préservatif ne me faisait vraiment plus bander du tout) et je recommence à utiliser le préservatif. Des plans avec préservatif et de temps en temps des plans sans et avec PrEP. Je prends la PrEP à la demande. » 

Nouvelle consultation à l’hôpital. Le médecin met le doigt sur le fait qu’il protège ses pénétrations soit par le préservatif, soit par la PrEP, mais qu’il prend assez systématiquement le jus en bouche et que cela est un risque réel. On lui conseille de passer à la PrEP en continue. Il est perdu, ne veut pas prendre le TRUVADA tous les jours tout ça pour protéger la fellation à fond … finalement… Aujourd’hui, il se pose encore beaucoup de questions sur sa santé sexuelle.

« Je ne suis pas encore certain de bien me protéger. Je suis un peu perdu avec les nouveaux moyens de prévention. Je crois que je devrais les adapter au cas par cas et les utiliser tous alternativement. »

Notre équipe diffusera cette nouvelle campagne sous forme de dépliants et d’affiches dans près de 800 établissements gays et libertins partenaires en France. Ils organiseront autour de leurs actions de prévention, des échanges avec les clients des établissements à propos de ces outils diversifiés pour que chacun puisse s’approprier sa prévention personnalisée. Cette campagne a été pensée par les chargés de prévention eux-mêmes, et répond à des besoins identifiés par ceux-ci lors des interventions communautaires réalisées dans les établissements auprès des clients. Cet éventail de choix n’est pas encore connu de tous,  et pourtant ils sont accessibles partout en France.

Bonne santé sexuelle, bonne rentrée à tous !

Antonio

Merci à Floran, notre chargé de prévention parisien de m’avoir rapporté ce témoignage.

Agenda Q #143 – article ENIPSE (format PDF)