Garçon Magazine : Bernard RAYNAL

A la une, Communiqués 2018, Presse1 juillet 2018

BERNARD RAYNAL : « Aujourd’hui, la clientèle gay préfère les boites hétéros. »

 

Après avoir réussi l’exploit de lancer en 2007 une Gay-Pride à Gourin, petite ville de moins de 4000 habitants et de rassembler quelques 7000 participants, Bernard Raynal, gérant de l’établissement Le Starman, revient avec nous sur sa carrière et sur son engagement dans la lutte contre le VIH et les IST mais aussi pour les libertés et pour la tolérance.

Propos recueillis par Victorien Biet.

 

Bernard, comment en es-tu arrivé à devenir le gérant du Starman ?

J’ai un parcours qui est assez long et je n’ai pas immédiatement commencé dans le milieu gay. J’étais dans la restauration en 1978 et je suis venu à Gourin acheter une petite affaire. À l’époque, l’endroit ne ressemblait pas du tout à ce qu’il est aujourd’hui. J’ai fait tout un tas de transformations petit à petit pour en faire une discothèque gay. Malgré tout, je dois dire que beaucoup de choses sont différentes depuis mes débuts puisque la vie gay s’est démocratisée. En plus, avec les applications, nous n’avons plus besoin des discothèques pour faire des rencontres et je pense que ça fait partie des choses qui contribuent à la désintégration de ce milieu. Personnellement, en ce qui concerne mon établissement, j’ai fait le choix de continuer avec une clientèle ouverte à tous.

 

Et comment vois-tu l’évolution du milieu gay ?

Aujourd’hui, la clientèle gay préfère les boites hétéros. Il y a des mecs biens, là-bas, et il y a plus de tolérance de la part de la clientèle hétéro qu’il ne pouvait y en avoir avant et les patrons de boites s’ouvrent plus facilement aux gays qu’à une certaine époque car le monde de la nuit s’est rapidement dégradé. Aujourd’hui, on a bien plus d’ouvertures que de fermetures donc les patrons sont contents d’avoir une toute nouvelle clientèle. Ce qui est drôle c’est que les hétérosexuels viennent dans nos boites. On me reproche d’ailleurs beaucoup « l’heterosexualisation » de mon établissement, ce qui est un peu paradoxal.

 

Quelle est ta plus grande fierté ?

C’est d’avoir, par hasard, il y a plusieurs années, créée une première journée de Gay Pride, le Festygay, dans ce petit coin qui est vraiment très loin d’être une grande ville. Il y avait peu de chances que ça marche et, par bonheur, ça a eu un succès grandissant au fil des années. 7000 personne au début, ce qui est quand même extraordinaire et j’en suis vraiment toujours très fier même si aujourd’hui, le plan Vigipirate fait qu’on est dans l’impossibilité de poursuivre l’aventure. Mais nous avons réussi à trouver une alternative et nous organisons une Soirée des Libertés la première semaine du mois d’Aout avec les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence qui font un travail extraordinaire et sans qui tout cela ne serait pas possible. Mon autre plus grand fierté est que je fête cette année les 40 ans de ma présence à Gourin.

 

Comment es-tu entré à l’ENIPSE ?

C’était il y a très longtemps. À l’époque, il faut savoir que cela ne s’appelait pas encore l’ENIPSE et que l’association était toujours dirigée par Jean-François Chassagne. J’ai pensé qu’elle correspondait parfaitement à l’esprit de mon établissement et le temps m’a donné raison puisqu’elle m’a toujours été bénéfique. Ça a toujours été un très bon combat et encore aujourd’hui, la prévention dans les établissements reste une nécessité.

 

D’ailleurs, de quelle manière gères-tu la prévention au sein du Starman ?

Chez moi, comme dans la majorité des établissements, nous avons tout le nécessaire pour que nos clients puissent s’amuser en toute sécurité. L’ENIPSE vient très souvent pour faire de la prévention et des dépistages et nous mettons des préservatifs à disposition à volonté. Malheureusement, beaucoup de gens prennent ça à la rigolade et je le redis ici : si nous mettons toutes ces choses à disposition, ça n’est pas pour faire des ballons mais pour se protéger. Ça n’est pas un jeu et moi, je suis là pour répondre aux questions, pour orienter les gens qui, bien-entendu, pourront s’aider avec toutes les documentations que nous laissons au Starman. Je tiens également à remercier l’équipe de AIDES qui vient très régulièrement nous rendre visite.

 

Quel conseil donnerais-tu à un exploitant en herbe qui voudrait se lancer ?

En dehors des lieux de sexe, hors d’une grande ville, je ne crois pas qu’on puisse encore lancer un nouvel établissement 100% gay aujourd’hui. Ils ferment de plus en plus. Il n’y a plus que les sex-clubs qui marchent bien. Je pense que ça n’est pas facile de donner des conseils aux autres car on se remet en question tous les jours. Lorsqu’on se lance dans un projet comme celui-ci, on ne veut accepter que des gens qui sont d’une certaine sexualité, qui n’ont qu’une certaine catégorie d’envies. Mais les choses ne sont plus comme à la grande époque et nous sommes obligés de nous ouvrir à d’autres horizons sans pour autant être tolérants envers les cons. Ou alors, dans le meilleur des cas, il faut être riche et ouvrir une boite privée même si ça ne rapporte rien. Il y aura quand même des intolérances dans tous les cas donc il faut être vigilant. La liberté, ça coute très cher et ça disparait vite.

 

ENCADRÉ :

Cet article a été réalisé grâce au soutien de l’Enipse (Équipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises, ex-Sneg historique) qui s’engage ainsi, pour une valorisation de ses partenaires exploitants avec qui elle lutte au quotidien pour la prévention, notamment dans les établissements LGBT.

enipse.fr

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