Garçon Magazine : Michel PIACENZA

A la une, Communiqués 2018, Presse1 septembre 2018

Michel Piacenza, un patron gay engagé et amoureux de la communauté

Haute figure emblématique de la cité phocéenne, Michel Piacenza à marquer de son empreinte la ville de Marseille, à une époque ou l’homosexualité n’était surtout pas une évidence. Avant sa dépénalisation, il ouvrait déjà un établissement afin de donner aux LGBT une visibilité ! Portrait d’un homme engagé, en partenariat avec L’Enipse (Equipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises) afin préserver la mémoire des « grands barons » de notre histoire communautaire.

Propos recueillis par Christophe SORET

Michel, vous etes depuis plus de 30 ans, l’un des acteurs majeurs de la vie gay à Marseille. Le 1900, Le MP Aix, MP Bar, MP Sauna et le New Cancan sont quelques-uns de vos établissements phares. Pourquoi avoir choisi de travailler dans le milieu LGBT?

C’était évident pour moi de commencer dans mon milieu, le milieu Gay, qui à l’époque était en pleine évolution … C’était un Challenge (l’homosexualité dépénalisée en 1982) que d’ouvrir le 1er Mai 1978 à Marseille le premier Bar Gay “ Ouvert “ de la Ville,… J’ai toujours aimé mixer les clientèles, les genres, les origines et les couleurs … Ayant la chance d’être né et de vivre dans une ville cosmopolite, métissée et merveilleuse cela a facilité mes objectifs. Marseille n’est pas, à mon avis, une ville homophobe, simplement une “ Ville-Villages “ (Marseille est composée d’une multitude de villages regroupés) discrète et souvent mal menée, par le passé. Concernant mon soutien à la communauté LGBT, il est permanent.

Quelle a été, en particulier avec l’Enipse votre rôle et votre implication en matière de santé tout au long de ces 30 dernières années ?

Je suis en très bonne relation avec ENIPSE avec qui je me suis attelé a plusieurs actions dans mes établissements. J’ai été par ailleurs Vice-Président du SNEG (Syndicat des Entreprises Gay) durant quelques années afin que cette organisation Parisienne ait une meilleure visibilité en Province. J’ai été à ce titre un des tous premiers signataires de la Charte de responsabilité. Enfin je travaille depuis plus de 20 ans avec l’association AIDES avec une mise à disposition d’un local au sein de mes établissements afin d’effectuer des tests de dépistage rapide (Un des tous premiers établissements en France …).Les commerces Gay sont les seuls espaces de visibilité présents dans la cité 365 jours par an et permettent à des jeunes en recherche d’acceptation d’eux-mêmes de pouvoir vivres sans aucun jugement leur sexualité , leur orientation , leur genre … et j’ai toujours été présent dans toutes les luttes LGBT ( ex: mariage pour tous : financement de toutes les affiches et tracts des associations LGBT Marseillaises , ou au lendemain de l’Euro-Pride : précurseur , avec quelques autres acteurs pour lancer un manifeste d’unité afin de sauver la Pride Marseille )

Etes-vous aujourd’hui confronté à des nouveaux phénomènes comme le Chemsex ? Comment réagissez-vous ?

Je suis peu confronté au phénomène du Chemsex au sein de mes établissements, néanmoins je reste vigilant face à ces questions et essaie de trouver avec AIDES et ENIPSE des moyens de préventions et d’informations efficaces ainsi qu’une adaptation législative face à ces problèmes.

Quel souvenir gardez-vous de l’Europride à Marseille en 2013 ? Comment expliquer un tel gâchis ?

Effectivement un Gâchis dû au mauvais choix de l’équipe organisatrice, mais également de merveilleux souvenirs au New Cancan ou des soirées ont été organisées tous les soirs durant 10 jours, ainsi que sur la plage au New Cancan Beach ou nous avons passés de superbes journées …

Y a-t-il un ou deux aspects en particulier où vous voyez la communauté évoluer de façon positive et négative ? 

L’arrivée des applications de rencontres LGBT style GRINDR, HORNET … facilitent en théorie les rencontres au détriment des lieux LGBT conviviaux. Ces lieux permettent de véhiculer des informations et offrent des moyens de prévention … Or, aujourd’hui nous constatons de plus en plus de phénomènes d’exclusion, de solitude, de dépression chez ces mêmes utilisateurs qui se servent d’un outil qui facilite les rencontres mais qui au final les désociabilisent de notre communauté. Ce même constat d’exclusion et de dépression peut être fait par certains utilisateurs de Chemsex ce qui conduit depuis plusieurs mois à de nombreux suicides que nous pleurons sans savoir comment les enrayer …

Vous reste il des combats à mener pour la communauté ? 

Il reste toujours des combats à mener, mais celui qui me tient le plus a cœur est celui de la transmission de notre Histoire et de nos luttes pour que les jeunes n’oublient jamais que les droits conquis dans le sang (Stone Wall) et les larmes (nos amis morts du SIDA) ne sont pas acquis à tout jamais …

Cet article a été réalisé grâce au soutien de l’ENIPSE [Equipe d’intervention en prévention et santé pour les entreprises, ex SNEG historique] qui s’engage ainsi, pour une valorisation de ses partenaires exploitants avec qui elle lutte, au quotidien, pour la prévention, notamment dans les établissements LGBT.

enipse.fr

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