SIDA : Constat alarmant, le SNEG refuse la fatalité

Communiqués 20061 décembre 2006
STABILITE CHEZ LES HETEROSEXUELS …L’épidémie de Sida montre des signes de stabilité dans le milieu hétérosexuel (51% de l’ensemble des découvertes de séropositivité), et concerne pour moitié des personnes d’Afrique subsaharienne. Plusieurs constats sont cependant encourageants dans cette population : les chiffres laissent apparaître une baisse relative des nouveaux diagnostics chez les femmes. Ils montrent ainsi l’efficacité des actions de prévention notamment mises en place par les associations de migrants. Depuis presque deux ans, à la demande de la Direction Générale de la Santé, le SNEG soutient et accompagne l’association Afrique Avenir dans ses démarches de mise en place des outils et actions au sein des établissements afro-antillais de la capitale ainsi qu’auprès des organisateurs de fêtes ethniques. Une Charte d’engagement est par ailleurs en cours d’écriture, à l’image de la Charte de Responsabilité, pour les établissements suivis par Afrique Avenir. C’est pourquoi nous demandons à nos bailleurs institutionnels de poursuivre et développer l’aide financière à l’ensemble de ces associations spécifiques, afin de pérenniser leurs actions auprès de ces populations.

…RECRUDESCENCE CHEZ LES GAYS

A l’inverse, en ce qui nous concerne, les derniers chiffres annoncés par l’Institut National de Veille Sanitaire sont alarmants. En un an, les nouveaux diagnostics dans la communauté homosexuelle ont augmenté de 15 % (27 % de l’ensemble des découvertes de séropositivité en 2005 vs 21% en 2003). La recrudescence des prises de risques constatée dans les enquêtes presse Gay 2004 et le Baromètre Gay 2005 coïncidant avec l’augmentation des infections sexuellement transmissibles, révélait alors des indicateurs préoccupants, confirmés aujourd’hui hélas par l’InVS. En 2005, 44 % de l’ensemble des découvertes de séropositivité chez les gays représentent des contaminations dans les six mois précédant le diagnostic VIH. Interrogé par le SNEG sur les données 2006 encore indisponibles, l’InVS nous indique que l’augmentation semble se poursuivre. Si toutes les classes d’âges sont concernées de façon semblable par cette augmentation de découvertes de séropositivité, l’InVS note cependant une progression parmi les homosexuels entre 40 et 59 ans.

AGIR SANS OUBLIER PERSONNE

Face à ce constat inquiétant de la multiplication des prises de risques qui témoigne de leur banalisation et alimente l’épidémie de Sida parmi les homosexuels, les associations doivent rapidement se réunir afin de définir des stratégies complémentaires, un discours cohérent, ciblé, chacune dans son objet, chacune dans ses missions, pour potentialiser les actions auprès des gays, mais aussi au-delà, l’ensemble du public LGBT, séronégatif ou séropositif. Les échanges entre les personnes touchées et les 40 représentants d’associations, dont le SNEG, présents lors des Etats Généraux des Gays touchés par le VIH/Sida et au Séminaire associatif organisé par AIDES à Paris du 24 au 26 novembre, nous ont offert un espace ouvert sur la parole, l’écoute de l’autre et une dynamique qu’il nous faut poursuivre. Rendre audibles les messages de prévention ne peut se faire sans mettre au cœur de nos dispositifs la non discrimination des personnes séropositives, leurs témoignages, leurs visibilités.

LE SNEG S’ENGAGE…

La lutte contre le Sida et les autres IST doit aujourd’hui comporter plusieurs stratégies incluses dans un cadre de santé globale, de bien-être des personnes, afin que chacune préserve son capital santé. C’est pourquoi le SNEG réalise en ce moment même une cohorte gay sous la responsabilité scientifique du sociologue Philippe ADAM de l’I-PSR* en partenariat avec les sites CITEGAY, CITEBEUR et CLEARGAY qui fait suite à l’enquête SexDrive. Le SNEG entend poursuivre son action d’information et de mise à disposition du matériel de prévention, tout en la complétant par une démarche nouvelle consistant à diffuser des messages plus persuasifs qui agissent directement sur les déterminants du comportement sexuel et préventif. La dynamique proposée est ambitieuse. Elle a pour but de stimuler l’innovation dans le domaine de la prévention grâce à ce programme de recherche initié en 2004 avec le sociologue Philippe ADAM. Ce faisant, le SNEG entend non seulement alimenter son processus interne de production de nouvelles campagnes, mais apporter également sa contribution à la création d’un cadre de connaissances, de références et de compétences communes, utilisables par l’ensemble des acteurs de la prévention et parfaitement articulées en lien avec les actions de l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé). Enfin, une rencontre spécifique avec l’ensemble de nos délégués prévention de région aura lieu début décembre, 3 jours d’échange et de réflexion autour de nos outils et actions.

… AUX COTES D’ETABLISSEMENTS VOLONTAIRES

En ce qui concerne les établissements commerciaux :
– Nous appelons l’ensemble de nos exploitants de lieux de rencontres, adhérents ou non, à s’engager encore davantage aux côtés de notre équipe de prévention et invitons les établissements encore non signataires de la Charte de Responsabilité à y souscrire afin d’améliorer ce dispositif préventif, marque d’un engagement sans faille dans la lutte contre le Sida et les autres IST.
– Nous demandons également aux exploitants signataires de promouvoir cet engagement auprès de leur clientèle, par un affichage visible par tous et d’en faire la promotion dans leur communication. Il est de la responsabilité des exploitants de faire en sorte que la prévention soit optimum dans tous nos lieux qui disposent de parcours sexuels.
– Nous sollicitons aussi vivement l’ensemble des producteurs de films x et les éditeurs de sites de rencontres pour qu’ils s’engagent dans l’information et la prévention aux côtés des associations.

NOUVEAU CONTEXTE : NOUVELLE MOBILISATION

C’est en alliant recherche et action, que nous éviterons une catastrophe sanitaire qui pourrait non seulement mettre en péril l’ensemble de nos lieux de convivialité, mais favoriser le retour d’un discours d’intolérance envers notre communauté dans son ensemble.
Le relâchement des comportements préventifs dans notre communauté ne doit pas être une fatalité. Les facteurs qui l’expliquent sont multiples et complexes, c’est pourquoi nous devons affirmer notre refus de la banalisation des prises de risques, le rappel de la norme préventive, mais cela ne doit pas être un frein à la mise en place d’actions d’accompagnements des personnes les plus vulnérables et/ou en échappement de prévention (35% baromètre gay 2005).
Seules les mobilisations conjuguées de l’Etat, des associations de lutte contre le sida et LGBT, des chercheurs, du tissu commercial et des personnes qui composent la population gay, nous permettront de faire infléchir cette courbe ascendante des nouvelles contaminations.

Contact: Antonio ALEXANDRE – 01 44 59 81 01

*I-PSR : Institute for Psycho Social Research