Attaque de Warning contre le SNEG. De quelle légitimité parle-t-on?

Communiqués 200924 juillet 2009

Le SNEG et son équipe prévention est la cible d’une attaque violente de la part de l’association Warning, par communiqué de presse interposé et lettre ouverte à Madame Bachelot. De notre point de vue, l’ensemble des associations qui travaillent dans le champ du Sida devraient se battre pour deux objectifs principaux : réduire l’incidence du VIH et des IST et améliorer les conditions de vie des personnes touchées, sans que le premier objectif ne s’oppose au second. Pour une association identitaire comme le SNEG, chaque nouvelle personne contaminée ou tout séropositif en échappement thérapeutique est une vraie souffrance. Nous pouvons avoir des divergences entre associations sur les moyens d’atteindre ces objectifs, mais au SNEG, le débat est toujours présent et ouvert dès lors qu’il y a du respect réciproque. Nous considérons les attaques de Warning à notre égard comme calomnieuses, manipulatrices et ignorant de façon manifeste la gravité des enjeux de santé qui concerne la communauté LGBT.

Nous souhaitons par ce communiqué rectifier les allégations de Warning sur notre association et rappeler clairement à la communauté LGBT quelles sont nos positions et le sens de nos actions.

Warning prétend que le SNEG pourrait imposer une opinion qui serait en désaccord  avec le récent avis du Conseil National du Sida sur l’intérêt du traitement antirétroviral comme outil de prévention. Mais l’avis du CNS est très clair, le CNS n’a pas sifflé la fin de l’utilisation du préservatif comme l’a écrit Warning. Nous aurions tous aimé que cela fût le cas. Il n’est pas honnête d’écrire cela. Le CNS précise bien qu’ « Il est donc capital que l’information sur l’intérêt comme sur les limites du traitement dans la prévention de la transmission sexuelle soit délivrée avec soin et rigueur d’une part en direction des personnes atteintes, directement concernées par l’usage du traitement, et d’autre part à destination de la population générale, dans une perspective d’explication de l’intérêt du dépistage et de la connaissance du statut sérologique. ». Ainsi, contrairement à ce que dit Warning, nous ne condamnons nullement un discours de réduction des risques qui pourrait s’adresser à ceux d’entre nous qui ont des difficultés à se protéger et nous inscrivons pleinement dans l’avis du CNS qui n’oppose pas les approches de santé entre elles en précisant : « Ne pas opposer traitement et usage du préservatif et penser leur complémentarité consiste à affirmer que l’usage de l’un n’exclut pas l’autre et que la combinaison des deux apparaît garante d’une sécurité maximisée. Mais c’est également affirmer qu’à défaut, l’usage d’un seul de ces moyens apparaît toujours préférable à une absence totale de protection. Le traitement peut constituer un instrument précieux pour éviter de nombreuses contaminations chez des personnes qui, de fait, pour de multiples raisons, n’utilisent pas, ou pas toujours, ou pas de façon adéquate le préservatif. »

Mais reconnaissons qu’il est peut être difficile pour le gay lambda de concilier clairement messages de prévention et/ou de réduction des risques (RDR) sur fond de querelles d’associations. Le SNEG est fondamentalement attaché au principe d’individualisation des messages et de l’appropriation par chacun de la prévention. Comme d’autres associations identitaires, nous sommes légitimes pour affirmer qu’il est de notre responsabilité qu’une politique de RDR soit clairement encadrée, validée scientifiquement et intégrée de manière explicite dans une approche de la santé globale des HSH (Hommes ayant des rapports Sexuels avec d’autres Hommes). En l’état actuel des choses, nous ne souhaitons pas que le climat ambiant sur la minimalisation des prises de risque prenne le dessus sur la prévention et ses règles fondamentales, qu’aucune recherche scientifique poussée n’a jusqu’à ce jour pu remettre en cause. Si la réduction des risques fait plus l’objet de notre communication que les règles de base, nous risquons d’accompagner un glissement progressif des réflexes de protection, tant chez les jeunes gays que chez des gays plus âgés ayant déjà intégré la prévention dans le passé. Nous ne voyons pas pourquoi le principe de précaution ne s’appliquerait pas dans le cadre du VIH. Une approche de réduction des risques doit être centrée sur la personne dans une série de situations données. Tout support écrit de réduction des risques devrait rappeler les bases de la prévention en préambule afin de permettre à chaque destinataire de décider de ses pratiques sexuelles en toute connaissance de cause. L’ensemble des stratégies de RDR ne doit pas brouiller le discours de base de la prévention au risque que ne s’installe dans l’esprit collectif des fausses croyances qui pourraient porter préjudice à l’ensemble de la communauté.

N’en déplaise à Warning, le SNEG est tout aussi légitime que Warning à se positionner en tant qu’acteur de lutte contre le VIH. Il comprend notamment au sein de son équipe de nombreuses personnes touchées qui luttent depuis des années contre leur virus et qui savent aussi bien que les gens de Warning, ce que c’est de vivre avec le VIH, de prendre des médicaments, d’être fatigué de mettre des capotes ou encore de ne plus pouvoir en mettre par perte des érections dues aux traitements… On veut nous faire croire que baiser sans capote est un acte sans conséquence. Or, l’équipe de prévention rencontre au quotidien des exploitants, des salariés et des clients touchés qui, eux aussi, expriment le poids de la contamination, de la coïnfection ou de l’échappement thérapeutique. Il faut arrêter de faire croire que l’on peut baiser sans capote sans aucune conséquence pour la santé de notre communauté. Warning n’était pas née dans sa revendication de faire toujours ce qu’on veut sans limite, que le SNEG se consacrait depuis plusieurs années déjà à la prévention et permettait à chacun de décider de sa propre santé sexuelle, sans jugement de tel ou tel comportement, mais simplement par la mise à disposition des outils de base et la diffusion d’information minimale sur le virus, scientifiquement reconnue.

Nous trouvons particulièrement choquant de lire les propos de Warning qui affirme que le SNEG impose son idéologie, « celle de la capote  » aux établissements, aux salariés et clients des établissements. Selon Warning, la mise à disposition du matériel de prévention dans les lieux de sexe, capotes et gels dans les parcours sexuels et sur les comptoirs de bar constitueraient une pression intolérable pour les établissements, leurs salariés et leurs clients. Comment imaginer que ceux-ci puissent nous reprocher un tel engagement alors que les exploitants ont eux-mêmes financé 7,5 millions de capotes et de gels en 2008 pour la santé de leur clientèle ?. Et quid de cette pression soi-disant intolérable lorsque Warning écrit paradoxalement qu’ « Il suffirait pourtant de rendre obligatoire ces dispositifs, par la loi, pour que le coût soit alors pris en charge par les établissements eux-mêmes ». On ne peut pas plaindre des patrons qui se verraient imposer la capote et revendiquer une loi qui les obligerait à tout payer, alors que les exploitants de France sont les seuls en Europe et sans doute dans le monde, à assumer cette responsabilité sociale.

Le SNEG a toujours été cohérent dans son approche de prévention depuis bientôt 20 ans, en mobilisant de façon volontaire et militante l’ensemble des commerces gay /gay friendly de France, adhérents ou non à la structure. Le SNEG ne pense pas à la place des établissements et des associations, il travaille avec chacun pour proposer aux clients la palette la plus complète de documentations et de matériels pour s’informer et se protéger.

Le SNEG est une association libre, comme toutes les autres. Certes, il dispose de financements publics pour son pôle prévention comme d’ailleurs de nombreux autres acteurs de la lutte contre le sida. Il est donc soumis aux mêmes règles d’appels à projet, aux mêmes contrôles. Libres aux bailleurs financiers d’accepter ou non nos propositions. Nous venons d’être retenus comme le dit Warning pour un financement INPES de 129.000 € au titre de l’appel à projets 2009, comme d’ailleurs 70 autres associations.

L’action commune avec Act Up dénoncée par Warning visait  à plus de concertation entre les acteurs associatifs en demandant des rencontres plus régulières avec la DGS et l’INPES. Et comme toutes les associations présentes dans les comités d’experts ou autres assemblées, le SNEG ne dispose que de sa voix. Nous pouvons alors légitimement nous demander qui est dans une intolérable confusion des rôles et ce que Warning cache derrière cette agression sans aucun fondement, à part peut-être de ne pas être appelé à siéger dans certains comités. L’intégrisme intellectuel n’a jamais été pour notre part notre mode d’action.

Warning reprend les bonnes vieilles recettes comme le SNEG en a l’habitude en nous traitant de syndicat patronal. Oui, le SNEG est née de la mobilisation d’exploitants, de « patrons » pour employer le mot tabou. Pourtant, à l’origine, en 1990, c’est autour non pas de questions de commerce mais autour du Sida qu’est né le SNEG. Touchés eux-mêmes, ces exploitants et acteurs associatifs ont mobilisé au-delà de leurs propres intérêts, interpellant clients et salariés.

Par ailleurs, à coté du pôle prévention, le pôle syndical du SNEG traite en moyenne une question juridique par jour pour le compte de ses adhérents. Les dossiers traités comprennent une infinité de thèmes : fermeture administrative, autorisation de nuit, baux commerciaux, litiges avec les banques, les assurances, relations aves les riverains, les pouvoirs publics, nuisances sonores… Mais l’action du syndicat depuis sa création en 1990, c’est aussi protester contre les verbalisations de police faites aux établissements au motif d’incitation à la débauche pour promouvoir ou même offrir des préservatifs, et jusqu’à ce jour, créer une mutuelle pour les gays, faciliter l’assurabilité des personnes à risque aggravé, s’opposer à une fermeture administrative afin de préserver les lieux de sociabilité ou de rencontres de la population LGBT. Le SNEG en défendant ses adhérents, agit aussi pour le compte de leurs salariés et de leurs clientèles. Loin du MEDEF gay tel que Warning l’écrit par ignorance et par caricature, le SNEG est avant tout une association identitaire pour représenter, au-delà des seuls patrons, toutes les populations LGBT. Warning n’existait pas que le SNEG Syndicat attaquait le député Sarlot pour homophobie à la fin des années 1990. En revanche, Warning existait en 2006 quand le SNEG, aux côtés d’Act Up et de SOS Homophobie, attaquait cette fois le député Vanneste au même motif. Que ne s’est-il associé à cette démarche ? Si le SNEG et ses partenaires ne s’étaient engagés, qui d’autre pour se lancer ? Alors de fait, le SNEG agit pour les intérêts de la population gay, exploitants, salariés, clients et tous les LGBT même s’ils ne fréquentent pas les établissements commerciaux pour défendre nos intérêts, à titre identitaire et non seulement commercial, à titre collectif et non individuel.

Pour conclure, le SNEG s’interroge sur la motivation de Warning qui, tout en déniant au SNEG sa légitimité sans pour autant démontrer la sienne, lui reproche d’imposer ses positions pour mieux faire état des siennes. Au débat agressif, méprisant, qu’il porte sur la place publique, faisant état aux yeux de tous des divisions entre structures sensées poursuivre un même objectif, le SNEG préfère le dialogue, serein et constructif, pour définir des stratégies défendues par les uns et les autres et finalement aboutir à un message consensuel cohérent adressé à la communauté LGBT.

Contact : Antonio Alexandre 01 44 59 81 01