Allégations à propos d’une prétendue « théorie du genre »

Communiqués 201424 février 2014

L’ENIPSE se fait l’écho du communiqué de presse de PsyGay :

Allégations à propos d’une prétendue « théorie du genre »

Mise au point de l’Association PsyGay

Les médias se font actuellement l’écho d’une controverse à propos de l’introduction d’une prétendue « théorie du genre » dans les programmes de l’Éducation Nationale. Cette polémique s’est accentuée récemment en réaction à la mise en œuvre d’un dispositif expérimental destiné à prévenir dès l’enfance les discriminations fondées sur le genre : l’ABCD de l’égalité [entre filles et garçons]. Selon ses détracteurs, cette démarche serait fondée sur la « théorie du genre » et mettrait en danger l’évolution future des élèves en gommant les différences entre les sexes et en favorisant le développement de comportements sexuels « déviants » [par rapport à la norme hétérosexuelle]. L’analyse de la littérature scientifique montre que ces allégations créent et entretiennent une confusion entre deux phénomènes très différents :

– d’une part les « études sur le genre » (gender studies en anglais), qui visent à analyser et comprendre le déterminisme et les conséquences de la répartition des rôles féminins et masculins chez les individus et dans les sociétés ; elles sont menées dans de nombreux pays depuis les années 50, par des chercheurs de toutes les disciplines, des sciences sociales aux neurosciences ; elles incluent l’étude des stéréotypes et des préjugés sociaux concernant le sexe, le genre et l’orientation sexuelle ;

– d’autre part, les « théories queer » (queer theories), développées par quelques spécialistes des études sur le genre, principalement aux USA ; ces théories entendent remettre en cause de façon radicale les relations entre les femmes et les hommes à travers une déconstruction de la notion de genre, qui, selon elles, pourrait aussi bien être « indéterminé » ; elles restent limitées à un cercle restreint d’universitaires, dont la plus connue est Judith Butler, et à de petits groupes et individus du mouvement LGBT ou féministe qui s’y reconnaissent.

Le mouvement revendicatif qui s’exprime actuellement en France repose sur un amalgame entre ces deux termes et ces deux concepts, pour faire d’une prétendue « théorie du genre » un épouvantail face au développement des droits des femmes et des personnes relevant de la diversité de genre et de sexualité.

La démarche initiée par l’Éducation Nationale, qui découle des études sur le genre, ne vise qu’à réduire les préjugés sexistes fondés sur une vision rigide de la répartition des rôles entre garçons et filles. En aucune façon elle ne se réfère aux théories queer. Outre les inégalités sociales entre femmes et hommes, les discriminations sexistes et les comportements qui en résultent dans le milieu scolaire sont source de souffrance pour de nombreux enfants et adolescents qui se sentent différents, en termes de genre et/ou d’orientation sexuelle, de la majorité de leurs camarades. Les préjugés sexistes conduisent non seulement à dénigrer les filles ou les garçons, mais aussi à rejeter les enfants et les adolescents dont l’apparence, le comportement de genre et/ou l’orientation sexuelle ne sont pas conformes à la norme définie par le plus grand nombre.

L’expérience clinique des professionnels de l’Association PsyGay montre qu’aucune théorie ni aucun programme éducatif ne peuvent influencer l’identité de genre d’un individu ou son orientation sexuelle. Mais il est possible et souhaitable de lutter contre les préjugés qui, de la maternelle au lycée, entretiennent le rejet des enfants et des adolescent-e-s qui ne se sentent pas conformes aux normes de genre et de sexualité, ou qui en diffèrent par leurs attitudes ou leur comportement. Ce rejet nuit considérablement à la construction de l’estime de soi et de la confiance en soi, indispensables à l’équilibre psychique des adultes qu’ils vont devenir.