Toujours au top de la prévention !

Presse3 juillet 2015

Tribu192_smallArticle paru dans TRIBU MOVE – Juillet/août 2015

Interview : Aurélien Noël

L’ENIPSE, TOUJOURS AU TOP DE LA PRÉVENTION !

Figure emblématique des nuits gays parisiennes, Antonio Alexandre est l’un des plus fervents défenseurs des droits des homosexuels et un activiste dans la lutte contre le SIDA.

Voilà 20 ans qu’Antonio a rejoint le SNEG (fondé en 1990 par Bernard Bousset), devenu depuis 2013 l’ENIPSE (Équipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises). Cette association part à la rencontre des établissements festifs comme elle se rend dans les lieux de rencontres (cruising…) afin de prévenir les risques du VIH, des MST et IST.

Antonio gère le développement sur l’ensemble du territoire ainsi que les 21 salariés. Il s’occupe également des stratégies autour des actions de prévention, des campagnes de prévention et de la recherche en sciences sociales.

La période estivale étant celle du relâchement, notre testostérone étant en ébullition, nous vous rappelons que le seul rempart contre le VIH, les MST et IST, c’est le préservatif, donc protégez-vous !

Comment procédez-vous pour informer et prévenir sur les risques des MST/IST au sein des entreprises ?

Nous avons aujourd’hui deux chargés de prévention par région, avec parfois des assistants comme à Paris en raison du nombre important de lieux commerciaux. Ils animent un dispositif national de prévention autour de 800 lieux en collaboration avec les exploitants et leurs équipes. Des campagnes de prévention du VIH, des IST (Infections Sexuellement Transmissibles), des hépatites et de santé globale sont organisées et des documents sont mis à disposition des clients. On organise une vente de préservatifs et de gels à bas prix, issus de notre centrale d’achat (financée par les exploitants). On effectue également une communication numérique auprès des sites partenaires et de leurs internautes. On participe aux stratégies d’actions régionales dans le cadre des institutions (ARS, COREVIH) en tant qu’expert de terrain. Nous collaborons, enfin, aux actions communautaires dans les établissements avec les associations locales (AIDES…).

N’es-ce pas complexe de trouver de nouveaux angles pour communiquer ?

Depuis un an, nous avons repensé toutes nos actions de prévention. Il existe aujourd’hui le « Sex Tarot » avec des cartes homos, hétéros et échangistes. Cela permet une libre expression des clients dans les établissements LGBT et libertins autour de leurs sexualités. Nous avons également une action Quizz/Brenda qui propose aux clients échangistes et libertins de tester leurs connaissances dans le champ de la santé sexuelle et de la prévention, dans une démarche participative et ludique. Des permanences d’accueil psychologique avec l’association nationale PsyGay ou de sexologie avec des professionnels partenaires locaux sont également possibles. L’ENIPSE pose l’hypothèse que l’amélioration de la santé mentale pourrait améliorer également la santé sexuelle, réduire les prises de risques… Le bien-être et la connaissance de soi sont des nouvelles priorités pour l’ENIPSE dans le cadre de ses missions élargies. Il y a enfin des actions de dépistage TROD en direction des différents publics avec l’association AIDES, Sida Info Service ou Virage Santé. Nous avons un discours plus décalé que ceux des campagnes institutionnelles. On adapte les codes de communication à des populations bien ciblées. C’est pourquoi, nous produisons nos propres campagnes de prévention en lien avec l’actualité de la santé sexuelle sur le territoire.

Les gens sont-ils plus ouverts au dépistage qu’il y a 10 ans ?

Les actions de dépistage font aujourd’hui partie de notre palette d’outils (capotes, dépistages, traitements), les personnes apprécient ce service offert avec l’accord de l’exploitant dans leur lieu de sortie. Maintenant, cela ne doit pas être réalisé n’importe comment et certains lieux n’ont pas la configuration adaptée pour offrir un dépistage et un entretien confidentiel.

Votre dernière campagne de pub « Happy ! » est plutôt positive. Pensez-vous qu’il faille jouer cette carte pour interloquer les gens sur leurs responsabilités ?

La pub « Happy ! », je l’ai souhaitée positive et dynamique. Dans un bar, c’est une façon de retrouver de la convivialité et de décrocher des applications de son Smartphone. C’est aussi un message sur l’importance d’échanger avec ses partenaires de rencontres ou bien se fixer des règles quand on drague seul, avec des potes de baise, ou avec son ami. Parler de sexualité, se connaître et connaître ses désirs, aide à prendre moins de risques. C’est vrai que les données du VIH/SIDA ne sont pas très bonnes. C’est pourquoi, il faut aller vers les clientèles pour discuter de sexualité, de prise de risques, sans tabou, ni jugement !

Où en sommes-nous sur les MST/IST ? On entend tout et son contraire. Le virus du SIDA gagne-t-il du terrain ? Les gays sont-ils tous si inconscients qu’on veut bien nous le faire entendre ?

Nous observons des prises de risques très importantes parmi les jeunes gays, mais pas seulement. La remontée de la Syphilis et des autres IST témoigne d’un relâchement dans nos pratiques sexuelles : chacun doit en être bien conscient et chacun a un rôle à jouer pour faire baisser les nouvelles contaminations. 35%, c’est la proportion de gays ayant déclaré avoir eu des rapports anaux sans préservatifs avec des partenaires occasionnels dans l’enquête Presse Gays et Lesbiennes 2011. Un dépistage régulier du VIH et des autres IST doit être réalisé 3 ou 4 fois par an si nous sommes multipartenaires. À l’ENIPSE, nous promotionnons depuis sa mise en place le recours au TPE (traitement à prendre en cas de prise de risque sexuel) : il faut se rendre aux urgences dans les 48 heures. Les données du VIH/SIDA de 2013 indiquent que les gays constituent la seule population pour laquelle les découvertes de séropositivité continuent d’augmenter : on estime à 2.500, le nombre de découvertes de séropositivité par rapports homosexuels.

De plus en plus d’établissements tendent vers des appellations « libertines » ou « bisexuelles » et non plus homosexuelles. En quoi ce « glissement » change votre manière de prévention ou votre façon d’envisager la prévention ?

L’histoire de notre association, la position identitaire qu’elle occupe dans le mouvement gay est une chance pour son développement. Sa posture particulière lui permet de s’adresser à la communauté gay, elle-même divisée en groupes et sous-groupes sexuels se rencontrant autour de leurs pratiques, ce qui nécessite une approche spécifique. Mais l’évolution de la mixité des établissements gays, et notamment des lieux de consommation sexuelle, qui accueillent régulièrement de manière simultanée ou alternative des populations gays et hétérosexuelles échangistes, nécessite aussi un accompagnement en matière de santé sexuelle. C’est donc aussi naturellement que nous avons initié un transfert d’expériences et d’actions vers les lieux commerciaux hétérosexuels échangistes/libertins.

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