Garçon Magazine : Pascal RIVET

A la une, Communiqués 2018, Presse1 mai 2018

PASCAL RIVET, 30 ANS AU SERVICE DE LA COMMUNAUTÉ À MARSEILLE

Depuis près de trente ans, Pascal Rivet est présent dans le milieu gay Marseillais. Propriétaire de nombreux établissement au fil des années, il a largement participé à la vie associative et à la lutte contre le VIH. Retour sur un incroyable parcours.
Propos recueillis par Christophe Soret et Victorien BIET.

Pascal, quelle est ton histoire depuis que tu as commencé il y a une trentaine d’année ?

J’ai ouvert ma première agence de pub à 26 ans. J’étais très jeune, j’avais –35000 euros sur mon compte et pas de clients ! Mais je croyais vraiment au renouvellement des générations, je ne comprenais pas pourquoi des moins de 30 ans n’y arrivaient pas. Avec un bon nom, une bonne architecture, et une bonne com, j’ai ouvert mon premier club à Marseille qui s’appelait Haute Factory, pendant 3 ans, dans le quartier populaire. Je pensais comme Barcelone et Lisbonne, que les quartiers pauvres pouvaient se développer. J’ai surfé sur le safe sex, très populaire à l’époque. Au bout de 3 ans j’ai acheté un autre local, L’Entrepot, un sex-club plus « industriel » dans la déco, je me suis agrandi, puis un autre, un sauna, La Piscine, puis un sex shop un peu plus moderne, une sorte d’IEM et de Boy Bazaar, tout ça dans la même rue, puis un bar, le Café Noir.

Ton but est de créer un quartier gay, comme tu le dis, mais quelle est ton implication auprès de la mairie de Marseille ?

Le fait que j’ouvre des affaires ça a lancé d’autres gens. Les initiatives étaient difficiles car la ville est pauvre et pas assez touristique. J’ai résisté, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. La mairie m’a souvent courtisé pour les campagnes, mais c’était plus pour avoir le vote gay. Ce n’est pas une ville qui a une nécessité d’affirmation gay ouverte. Ils s’intègrent, dans différents milieux. La revendication gay n’est pas intéressante à Marseille, il faut éviter de s’afficher. C’est dû à la mixité culturelle, mixité ethnique. Tout le monde s’inclut dans un groupe, mais pas à cause de sa sexualité. Nice, Bordeaux, eux ont des mairies qui ont fait des choses, même sur le côté gay, et ça fait une grande différence.

Tu as eu une implication associative, mais est-ce que tu as participé financièrement, ou toi t’es-tu investi dans une association ?

Dans les années 83-85 j’ai fait partie de la création de AIDES en Provence, avec ceux qui voulaient participer, je faisais mes études de com et j’ai aidé à la formation de Aides en faisant la communication, surtout sur la lutte contre le Sida. Je voulais qu’on fasse de la prévention qualitative. La lutte contre le sida était nécessaire pour la libération. Le patron gay doit être plus responsable finalement, on se doit d’en parler. J’ai également été au SNEG, pendant environ 4 ans, en tant qu’administrateur. Maintenant je suis membre de l’Enipse, j’achète donc les préservatifs et j’ai le panneau de prévention, j’ai les permanences de préventions de AIDES et de l’Enipse, avec dépistages. En dehors de la prévention, je suis plus souvent sollicité qu’impliqué. Mais je suis content de mon parcours.

Quelle est ta vision sur l’évolution des gays sur ces années ?

C’est la fin d’un cycle. Le mode de vie gay est démodé. On a obtenu des droits, on peut faire ce que l’on veut, on peut aller dans des lieux gays ou non, donc on est devenu des citoyens comme les autres en France au fond. On va aller vers un modèle de vie plus généraliste. On ne sera plus juste « des gays », il y avait un besoin de reconnaissance avant. Maintenant ça s’est atténué. Je vis maintenant dans un quartier qui est devenu gay friendly. Je n’ai jamais souffert d’acte homophobe, ni sur mes établissements. Je ne me sens pas victime d’homophobie, car je fais en sorte d’être accepté auprès des autres. Je le fais naturellement. Mon travail était de faire changer le regard sur nous en nous intégrant naturellement, plutôt que d’être dans la revendication, à forcer les gens à nous accepter. Je ne suis pas communautariste pour un sou, mais je pousse vers le monde inclusif.

Si tu t’arrêtes, tu as un successeur désigné ?

Non, après si on m’achète je vends. Le Café Noir j’ai vendu par exemple. Après je ne sais pas : mon Sauna peut finir en sauna échangiste ou en Super U. On n’est pas forcément éternel. C’est la fin d’une époque, et maintenant c’est la main aux trentenaires. Ce n’est pas forcément plus facile ou difficile. Aujourd’hui on peut trouver à faire, mais le plus dur est de durer. Il faut s’institutionnaliser, il ne faut pas être juste un mec qui fait du gay, il faut s’investir dans la vie d’un quartier, il faut agir. Mon énergie je l’ai toujours, j’adorerais avoir une boite de nuit. J’ai eu des occasions, mais je suis passé un peu à côté. Si j’avais 10 ans de moins, je ne sais pas ce que je ferais, mais je ferais encore un truc ! Moi en attendant j’arrête car c’est beaucoup de stress, donc maintenant, place aux trentenaires !

Cet article a été réalisé grâce au soutien de l’Enipse [Équipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises, ex-Sneg, Historique] qui s’engage, ainsi, pour une valorisation de ses partenaires exploitants avec qui elle lutte au quotidien pour la prévention notamment dans les établissements LGBT.

Télécharger le ficher PDF