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30 ans de lutte contre le sida !

Propos recueillis par Daphné Victor, pour le magazine Tribu Move
Photographies : Laurent Lothare Dambreville

L’ENIPSE (Équipe Nationale d’Intervention en Prévention et SantÉ) fête ses 30 ans ! Cet anniversaire est l’occasion de faire le point avec Antonio Alexandre, son directeur national, sur les actions menées et à venir de promotion et d’incitation au dépistage du VIH et des IST et surtout, sur ce que la COVID-19 a changé. Antonio sera également le parrain de la 25ème LGBTI+ Pride de Lille qui a été reportée au samedi 26 Septembre.

Pourquoi l’ENIPSE a-t-il été créé en 1990 ?

Bernard Bousset (directeur de l’Open Café et fondateur du Syndicat National des Entreprises Gaies) a sollicité tous ses confrères pour le rejoindre dans la lutte contre le Sida et Jean-François Chassagne (ex-président de l’ENIPSE), qui a mis en place et dirigé l’équipe, a recentré la structure sur la prévention et a créé un nombre d’outils qui sont toujours en place aujourd’hui dans les établissements.

Quel bilan en tirez-vous ?

Nous avons réussi à construire la légitimé de nos actions, même si ça a été long et difficile. Notre grande victoire a été la circulaire de Bernard Bousset en 1992 qui disait que lorsque l’on fait de la prévention et que l’on met en place des outils, tout ça ne peut pas être de l’incitation à la débauche et de l’atteinte aux bonnes mœurs. Cette circulaire sert encore aujourd’hui pour l’ensemble des associations.

Quelles améliorations ont été faites ?

Notre champ d’action agit tant auprès de la communauté LGBT+ qu’auprès des hétérosexuels multipartenaires. Grâce à la communication rapide qu’offrent la presse et les réseaux sociaux, nous intervenons immédiatement. Les équipes se sont féminisées et grâce au groupe Connection, avec qui nous avons créé la centrale d’achat, plus de cent millions de préservatifs ont été diffusés.

Quels sont vos nouveaux combats ?

Continuer nos actions autour de la santé sexuelle, globale et mentale et du bien-être des personnes dans la lutte contre le VIH et les IST. Nous envisageons de mettre en place des villages santé, notamment dans les facultés, qui traiteront, de façon pluridisciplinaire, la prise en charge des jeunes, les problèmes liés au logement et à l’insertion sociale. Nous prévoyons aussi la création de chèques santé pour permettre aux personnes d’être prises en charge et d’avoir un certain nombre de consultations gratuites et d’être ainsi suivies.

Pendant le confinement, pourquoi avoir mis une ligne d’écoute en place ?

L’ENIPSE l’a ouverte pour accompagner le public LGBT. C’est un espace gratuit et confidentiel qui apporte de l’aide et du soutien aux personnes (18 à 70 ans) qui sont en grande difficulté financière, en situation d’isolement, de souffrance ou de détresse, surtout en régions. Nous avons reçu une centaine d’appels. Nous avons donc aidé financièrement, fait du portage de paniers repas grâce à notre partenaire Basiliade, orienter vers notre réseau national de psychothérapeutes pour une prise en charge spécifique, ainsi que vers Sida Info Service. Nous avons pu ainsi gérer des tentatives de suicide. Aujourd’hui, nous sommes dans la réflexion de savoir si nous maintenons ou pas cette action.

Quelles préconisations ont été données aux établissements gays par rapport au COVID-19 ?

C’est très compliqué. Avec le SNEG & Co, nous avons mis en place des outils communs autour du rappel des gestes barrières, qui sont téléchargeables sur notre site. L’ensemble de nos 800 établissements les ont reçus par mail avec une fiche technique de bonne conduite pour qu’ils puissent recevoir au mieux leur clientèle. À eux de les utiliser comme ils le souhaitent ! Une formation COVID-19 a également été mise en place pour tous les personnels. 

Continueront-ils à être des relais de prévention ?

J’aimerais et l’appelle de mes vœux ! Il est nécessaire que la Direction Générale de la Santé et les Agences Régionales de Santé prennent en compte notre savoir-faire et la puissance de frappe des associations auprès de leur public. Nous pouvons aujourd’hui faire du TROD (Test Rapide d’Orientation Diagnostique) COVID-19. Un protocole est prêt et nos équipes y sont formées. Des tests ont été validés par le Centre National de Références. Grâce au département des Alpes-Maritimes et aux CeGIDD (Centres Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostic du VIH et des IST), nous allons pouvoir le faire à Nice.

Les établissements vont-ils pouvoir s’adapter à la distanciation physique et aux mesures sanitaires ?

Ce sont des lieux de visibilité, de vie et de sociabilisation ! Il est important pour la santé mentale que les gens retrouvent le plaisir de prendre un verre ensemble et d’avoir une vie festive. On va les aider avec notre protocole sur la réduction des risques en faisant en sorte que les salariés soient protégés et que la clientèle soit rassurée quant à l’accès et à la circulation des espaces de convivialité. Dire non à tout n’est pas possible ! Il faut donc s’adapter par rapport aux consignes et en appeler au bon sens.

Ne craignez-vous pas des fermetures ?

Cela va sans doute être compliqué et difficile, mais je reste optimiste. Par contre, j’ai très peur pour nos discothèques. J’espère qu’elles vont pouvoir s’en sortir et continuer à nous faire danser avec les D.J.’s qu’on aime. Qui sait, il faudra peut-être qu’elles se réinventent aussi !

Déconfinement, vacances, été… riment avec liberté sexuelle débridée. La PrEP est-elle la solution préventive ?

Laissons les personnes choisir la prévention qui leur convient, au moment où cela leur convient ! La PrEP permet de ne plus angoisser face au VIH, d’être en sécurité. On peut la prendre en continu ou de façon occasionnelle. Sa prise permet un bilan et un suivi de la santé sexuelle, donc la baisse des IST.

Outre une 2ème vague de COVID-19, craignez-vous celle du VIH ?

Je n’y crois absolument pas ! Oui, des choses se sont passées dans des appartements privés pendant le confinement et il y a eu des rapports sexuels, mais moins ! Quant aux produits, leur consommation était limitée du fait de la difficulté d’approvisionnement. D’où la nécessité de faire du TROD. Ces tests nous permettent de rechercher les personnes qui s’ignorent. Une personne séropositive sous traitement et dont la charge virale est contrôlée ne contamine plus, même si elle a des rapports sans préservatif.

Alors, d’où viennent ces nouvelles contaminations ?

Justement, des personnes qui s’ignorent. Ce sont elles qui, finalement, sont dangereuses. Connaître sa sérologie permet d’adapter sa prévention, de prendre du plaisir et de ne surtout pas contaminer !

Les Gay Pride sont reportées, Lille au 26 Septembre et Paris au 7 Novembre. Or, les rassemblements de plus de 5.000 personnes ne sont pas autorisés !

C’était important de les reporter et de ne pas les annuler. Théoriquement, ces marches auront bien lieu pour montrer qu’on est là, qu’on continue à défendre et revendiquer. Au 1er Septembre, si tout va bien, tout devrait être levé ! Si des mesures étaient à prendre, le comité ferait le nécessaire. Mais, je suis assez confiant.

Quel sera le mot d’ordre de la 25ème Gay Pride de Lille ?

C’est un peu tôt pour le dire. En attendant, je suis très fier que le comité ait pensé à moi. Lille est une ville riche et multicolore dans laquelle on se sent bien et où j’y ai beaucoup d’amis.

Martine Aubry sera-t-elle présente ?

Oui et je suis honoré d’être à ses côtés. C’est une femme de courage et d’engagement qui ne s’est alliée à personne et qui est montée au créneau.

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